Archives de Catégorie: Histoire et anecdotes

L’hippomobile, ou les premières ambulances.

Nous remercions Attelages Magazine de nous permettre de vous présenter un résumé de l’un de leurs articles consultable ici :

Contribution des équidés à la petite histoire du service des ambulances

 

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Ambulance au camp de Beverloo
au nord-est de la Belgique pendant la Grande Guerre.

 

Les héros qui aux temps antiques se faisaient chirurgiens, consacraient ensuite leurs chars au transport des blessés hors du combat. Plus tard, dans les armées romaines, des soldats choisis dans les cohortes furent chargés de l’enlèvement des blessés pour lesquels on avait dressé des tentes. Il fallut pourtant attendre la révolution de 1789 pour que les blessés deviennent sacrés, et la 1ère République, pour que soient créées les premières ambulances.

 

Les premières ambulances


 

Au milieu du XVIe siècle, à l’époque d’Ambroise Paré (généralement considéré comme le père de la chirurgie moderne) les seuls médecins qui suivaient les armées étaient ceux que les chefs attachaient à leur personne. Ainsi, jusqu’au XVIIe siècle, faute d’une organisation appropriée, l’insuffisance de personnel autant que de matériel, rendit à peu près nuls les secours d’une médecine encore balbutiante pour les malheureux blessés au combat.

Ce n’est que sous le règne de Louis XIII que furent établis les premiers hôpitaux militaires fixes et les hôpitaux ambulants qui nous intéressent ici. Toujours relégués très loin du champ de bataille, les chirurgiens n’arrivaient sur le terrain qu’après les combats. Il en fut ainsi jusque vers la fin du XVIIIe siècle.

En 1792, Pierre-François Percy institua le corps des chirurgiens mobiles chargés d’opérer sur les champs de bataille. Il proposa à cet effet la transformation en véhicule sanitaire d’un caisson allongé (le wurst) en usage dans l’artillerie bavaroise. Cette « ambulance », attelée de 4 à 6 chevaux, était capable de transporter rapidement six officiers de santé (infirmiers, aides chirurgiens et chirurgiens) installés à califourchon sur un coffre contenant les médicaments, pansements et autres instruments chirurgicaux, directement sur le champ de bataille, mais elle ne permettait pas de transporter les blessés et fut rapidement abandonnée.

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Cherchant à assurer le secours rapide des blessés sur les champs de bataille, le baron Pierre-François Percy conçoit le premier corps de « chirurgie mobile ». Il propose à cet effet la transformation d’un train d’artillerie bavarois attelé en véhicule sanitaire, avec table d’opération et rideaux.

 

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Les représentants du corps de santé furent alors mis à cheval et lors de la Campagne d’Italie (en 1797), l’« ambulance volante », créée par Dominique Larrey (chirurgien en chef de la Grande Armée de Napoléon) disposait de voitures à chevaux bien suspendues, transportant de deux à quatre blessés, et représentait un moyen d’évacuation relativement confortable des blessés vers les hôpitaux de l’arrière. Le plancher de la caisse était formé d’un cadre mobile pouvant servir de brancard ou de table.

 

L’évacuation des blessés se faisant le plus souvent dans des charrettes garnies de paille, Larrey se battra alors sans discontinuer pour obtenir de l’Empereur et de l’administration militaire, la création des ambulances militaires telles qu’elles apparaîtront lors de la guerre de 1914.

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Promoteur de la chirurgie d’urgence, notamment pour les lésions traumatiques des membres, le docteur Larrey confronté à la nécessité d’une prise en charge immédiate des blessés imagine le principe des « ambulances volantes ». Dans le bilan de la meurtrière campagne de Russie en 1812, il estime avoir sauvé 89 % des blessés qui lui ont été confiés.

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Pendant la Grande Guerre, le transport des malades et des blessés entre l’ambulance et l’hôpital se fait encore régulièrement dans des voitures hippomobiles tractées par des chevaux ou par des mules, et jusqu’en 1935, ce sont les voitures pour blessés modèle 1889 (450 kg à vide pour la petite voiture, 970 kg à vide pour la grande voiture) qui équipent les compagnies de transport du train des équipages militaires affectées aux services de santé de l’armée.

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Grande voiture pour blessés (modèle 1889). Ce véhicule à 4 roues, suspendu et attelé à 2 chevaux, peut transporter 10 blessés assis (5 assis et 2 couchés, ou 5 couchés). La voiture est surmontée d’une galerie qui peut recevoir 8 brancards. Les côtés, le devant et le derrière sont garnis de rideaux en toile qui préservent les blessés des intempéries.

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Des champs de batailles à la ville


 

Jusqu’au XIXe siècle, c’est donc surtout dans le cadre militaire que l’on découvre l’histoire et l’organisation des ambulances.

Il était cependant normal que l’on cherchât en temps de paix à mettre en pratique ce qui avait été expérimenté sur une large échelle en temps de guerre. Parallèlement, à ce développement de l’aide aux blessés sur-le-champ de bataille s’organisa donc, à partir du XVIIIe siècle, une assistance aux victimes d’accidents « imprévus et susceptibles d’être très rapidement mortels, en l’absence de sauvetage et de secours »(1).

C’est Percy qui, le premier pense à instaurer un corps de santé indépendant, neutre et inviolable, mais c’est Henry Dunant qui a l’idée de créer la Croix-Rouge. Elle verra le jour à Genève, en 1863. Un décret du 14 juillet 1865 indique que les ambulances et les hôpitaux sont désormais rendus reconnaissables par un drapeau blanc à croix rouge.

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Sympathique reconstitution d’une ambulance militaire lors de la 7ème édition des Journées du cheval de trait, à Sacy-le-Grand, en 2006.

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Le service public des « ambulances urbaines » de Paris, inspiré du dispositif en vigueur depuis déjà 20 ans à New-York, est inauguré le 1er juin 1888. Un service complet de secours, avec brancardiers, voitures attelées en permanence et internes, basé à l’hôpital Saint-Louis, peut être prévenu par téléphone(2). Les voitures de l’œuvre, de simples petits omnibus analogues à ceux dans lesquels se font les livraisons des magasins de nouveautés, spécialement aménagés pour ce service, sont munies d’une clochette. Les cochers peuvent ainsi être prévenus et lui laisser le passage libre sur la voie publique.

A la fin des années 1880, la ville de Paris crée deux stations d’ambulances municipales. Non médicalisées, elles sont essentiellement destinées à conduire des malades contagieux à l’hôpital.

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C’est au docteur Nachtel, un français (qui leur fit également adopter, selon le modèle parisien, le service médical de nuit) que les Américains doivent le développement, à partir de 1860, du service des ambulances urbaines qui servira de modèle à la France… vingt ans plus tard.

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En 1900, ce sont au total sept stations qui sont en fonctionnement. Cette organisation, conservée jusqu’en 1907, ressemble à ce qui existe aujourd’hui, avec un service d’urgence médicalisé (urbain) type SAU-SMUR et un service d’ambulances non médicalisées (municipal) type ambulance AP-HP.

De profondes réorganisations transforment alors le « service des ambulances de la ville de Paris » en « service des ambulances des hôpitaux de Paris » dont l’organisation est confiée à l’Assistance publique, qui fournit le matériel médical et le personnel. Peu à peu, les voitures hippomobiles sont remplacées par des véhicules automobiles, si bien qu’en 1921, au lendemain de la première Guerre mondiale, les dernières ambulances hippomobiles disparaissent définitivement du pavé parisien.

 

Article original écrit par Eric Rousseaux (Illustrations : photos et collection Eric Rousseaux)

  1. L’acte de naissance du concept d’urgence médicale date de 1740. Il prit la forme d’un Avis pour donner du secours à ceux que l’on croit noyés, rédigé par Réaumur.
  2. Son invention date de 1876.

 


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4ème conférence des Rendez-vous de l’attelage « Les Harnais : histoire – évolution et prospective »

Plus d’une centaine de personnes –dont les concurrents présents à la visite privée du Haras du Pin, se sont retrouvés dans la salle de formation de l’Ecole Nationale Professionnelle des Haras pour la désormais traditionnelle conférence des rendez-vous de l’attelage.
Après avoir abordé, au cours des précédentes réunions, le patrimoine hippomobile, il paraissait logique de traiter du lien entre la voiture et le cheval, dénommé « le harnais ».

Patrice Franchet d’Espèrey, chef du bureau de la documentation de l’E.N.E. a présenté, brièvement, l’évolution du harnais d’attelage, créé aux environs de 4 500 ans avant notre ère, en reprenant différents éléments d’histoire et en étayant son exposé des photos de reconstitutions faites vers 1900  par le commandant Lefebvre des Noettes.

A partir d’un harnais complet présenté sur un mannequin, Tanneguy de Sainte-Marie, responsable de la plate-forme logistique du Pin, a exposé, avec un talent non dénué d’humour et un certain sens du vécu, les principaux éléments de cet équipement, en rappelant l’importance de chacune des pièces lorsqu’il s’agit de diriger un attelage de quatre étalons percherons, que l’air du printemps a rendu particulièrement taquins.

Olivier Courthiade, utilisateur de chevaux dans sa ferme de Méras, présenta ensuite différents éléments du métier de sellier, complétant son propos technique par des éléments pratiques ( pourquoi telle qualité de cuir, ou telle couleur pour les éléments…..), non sans s’être livré, avec une certaine délectation, à une analyse critique du harnachement présenté, démontrant ainsi que, pour un spécialiste, « la perfection n’est pas de ce monde ».

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En conclusion, et après avoir démontré la difficulté de générer un « saut technologique » dans ce domaine, Louis Basty, responsable de l’école d’attelage, et Jean-Louis Peyre, responsable de l’école de sellerie, ont présenté quelques éléments d’amélioration des harnachements, l’objectif étant de l’adapter à une demande en forte évolution, tout en répondant aux critères d’élégance, de prix et de sécurité.

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Petite histoire de l’horloge mécanique du Haras du Pin

L’horloge mécanique située au fronton du château du Haras du Pin n’a jamais cessé de fonctionner et ne fut que très rarement en panne. Elle est remontée et réglée chaque vendredi par un agent qui, au fil des décennies,
fut l’ordonnance du château, le planton de semaine, le gazier,
parfois le couvreur ou le serrurier et principalement l’électricien.


En juin 1940, l’occupation du Haras par l’Etat-Major de la 10è armée allemande a déclenché, sur ordre du ministère de l’agriculture français, un début d’évacuation des étalons, des palefreniers et de certains officiers du haras vers la Bretagne, le premier point de rassemblement étant prévu à Fougères. Mais, entre le 15 et le 25 juin, la pagaille était telle partout ( routes encombrées par l’exode, communications téléphoniques coupées, convois bloqués, bombardements éparses, trains arrêtés … ) que les convois d’étalons, de voitures hippomobiles avec femmes et enfants et de palefreniers rentrèrent progressivement au Pin. L’armistice intervint le 24 juin 1940. Les étalons furent ré-installés dans les succursales. L’occupant, présent jusqu’en juin 1941, avait fait remiser les motos, side-cars et autres divers matériels dans les deux grandes écuries et le manège. Les officiers installés dans une partie du château avaient désigné un soldat pour remonter l’horloge chaque semaine.

A l’image de la plaque de marbre du salon d’honneur du rez-de-chaussée du château qui présente les noms des directeurs depuis la création de l’établissement, les agents affectés à l’entretien de l’horloge ont gravé le leur sur le mur de la chambre accueillant cet important mécanisme.

Notre soldat-horloger allemand, respectant cette tradition, y a, lui aussi, écrit en allemand : « Le 25 juin 1940 cette horloge fût réparée et remise en marche par le Caporal H. Schlentner » . Signé  :  H. Schlentner.

Tanneguy de SAINTE MARIE
Haras du Pin

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La voiture hippomobile : évolutions et innovations

Conférence tenue lors du Concours international d’attelage 2010

au Haras du Pin :

« Jusqu’à la révolution industrielle : du « char branlant » au montage à « huit ressorts »

Conférence- Partie 1

« Le renouveau par le sport : des années 1960 à l’an 2000 »

Conférence – Partie 2

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L’escrime … une école, un art, une posture, des attitudes.

 

L’escrime, art de manier les armes de point, est pratiquée dès l’aube de l’humanité. Durant des siècles et avant l’apparition de la poudre, les armes, dites blanches, sont connues sous les appellations d’épée, de masse, de marteau de guerre, de lance, de hache et autre poignard. Les premiers maîtres d’armes professionnels apparaissent durant le siècle de Saint Louis, période pendant laquelle le maniement de l’épée nécessite un enseignement tant théorique que pratique.

L’histoire de l’escrime glissera progressivement de l’activité guerrière vers une forme d’art martial où le beau geste et l’élégance morale finiront par l’emporter.

Les difficiles négociations « à fleurets mouchetés » permettront d’écarter « l’épée de Damoclès » et, finalement, de « sabrer le champagne ».

Séance d’escrime à l’Ecole d’Application de Cavalerie Saumur vers 1910

Philosophiquement, le respect de l’autre et le courage sont des valeurs primordiales de l’escrime : les tireurs se saluent avant l’assaut et puis, une fois l’assaut terminé, ils se remercient l’un l’autre et se serrent la main avant de se quitter. D’ailleurs, si l’un des tireurs ne respecte pas cette règle ( jette son arme, son masque et ne salue pas son adversaire… ) il encourt une exclusion pour toute la saison.

Intellectuellement, la maîtrise de soi est également la base de ce sport. Lors d’un assaut, des qualités d’anticipation et d’élaboration d’un projet tactique de précision sont sollicitées en permanence.

Physiquement, l’escrime exige, et contribue à, une grande souplesse, l’acquisition de réflexes et une rapidité dans tous les mouvements. La coordination inter-segmentaire, une grande force statique et explosive au niveau des membres inférieurs associés à de l’endurance, font de l’escrime l’une des activités sportives les plus éprouvantes.

Ainsi, l’escrime contribue à développer et à renforcer ces valeurs, dans une harmonie du corps et, surtout, de l’esprit.

C’est dans cette logique que les grandes écoles et académies d’art équestre imposaient à leurs élèves et à leurs cadres la pratique régulière de l’escrime. Citons par exemple l’Ecole d’Application de Saumur (ci-dessus) ou encore l’Ecole des Haras, au Pin, qui étaient  au nombre de celles-ci.

Leçon d’escrime à l’Ecole des Haras – Le Pin vers 1910

Tanneguy de SAINTE MARIE
Haras du Pin

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