Archives de Catégorie: Rencontres

Rencontre avec Romain Danon, alias Modzinc, artisan d’art.

« Traditionnellement le zinc décore, rénove, embellit bâtiments et architectures du patrimoine français. Selon l’air du temps il devient girouette, coq, chimère, gargouille mais aussi marquise, galerie, faitage. Au XIXème siècle, la découverte du zinc et son utilisation furent une véritable révolution dans l’art de la rue. Aujourd’hui il appartient au quotidien. Proche de nous, le zinc est une matière que l’on aime, que l’on touche. »

1

Bonjour Romain, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? 

Je me prénomme Romain, j’ai 35 ans. Mon amour pour le travail du métal s’est déclaré sur le tard, lorsque j’ai vu pour la première fois mon frère aîné ferronnier « dompter » l’acier.  Dès lors je n’ai eu de cesse d’acquérir des savoirs -faire et techniques liés à cette nouvelle passion.  Aide soignant de métier, j’entame alors une reconversion et obtiens un CAP métallier en formation adulte à l‘âge de 29 ans.

Vous êtes un jeune artisan et travaillez le zinc, comment vous est venu cette passion pour ce matériau ?

Mon Diplôme fraîchement en poche, je décroche mon premier emploi de soudeur à la chaîne, dans une usine de gardes-corps industriels… je comprends très vite que les métiers d’art se méritent et que, tel un compagnon, le chemin sera long.

Dès mon plus jeune âge, mes parents m’ont inculqué le goût du beau. Je suis tombé, très jeune , en admiration devant la richesse du patrimoine architectural français, notamment des bâtiments historiques lyonnais comme l’Hôtel Dieu , le Palais de la Bourse, l’Hôtel de ville … tous richement ornés ( angelots, faunes, nymphes, pots à feu …). Au-delà de la contemplation passive, j’ai fini par m’interroger sur leur méthode de fabrication et j’ai décidé de pousser ce questionnement jusqu’à sa mise en pratique.


atelier 3

 

Avez- vous pris des cours de dessin pour vous perfectionner ?

Je n’ai jamais pris de cours de dessin, je ne suis pas un artiste à proprement parler mais un artisan. Je ne produis pas d’oeuvre d’art mais plutôt des objets d’art. Même si je pense que pour travailler dans l’artisanat d’art il faut une sensibilité artistique, une vision globale de l’objet dans son esthétisme, ses proportions et couleurs …

Je puise mon inspiration dans un référencier intellectuel que je me suis constitué en visitant des musées, expositions, bâtiments historiques… Je suis passionné par les formes de l’art nouveau, de l’art déco, du style rocaille.
D’un naturel observateur, c’est en autodidacte que je développe mes facultés tant psychiques que manuelles.

Quelles qualités sont nécessaires pour être un bon artisan zinc ?

Précédemment, j’ai évoqué mon questionnement permanent comme étant l’élément déclencheur de mon envie de créer. Je pense que cet état d’interrogation va de paire avec ce vilain défaut surnommé curiosité. Par conséquent je tente d’apaiser ma soif de connaissance en me documentant, tant bien que mal, grâce à internet et à de rares ouvrages. Dès que possible je rencontre des artisans de mérite, comme lors de la Biennale européenne des métiers d’art. Voici une liste non exhaustive d’artisans que j’ai rencontrés et qui m’inspirent au quotidien dans mon travail : des graveurs d’armes (Ateliers et Conservatoire des Meilleurs Ouvriers de France), des ferronniers d’art ( Atelier Orgiazzi ), des bronziers ( Bronzes d’art Français ), des couteliers, des orfèvres, un facteur d’orgue, un batteur d’armure, un carrossier formeur…

Tous ses métiers utilisent des techniques, des outils, des procédés communs. Leur savoir-faire est garant de la conservation du patrimoine français.

Quels sont les avantages et les inconvénients du travail du zinc ?

L’artisanat d’art est chronophage, et nécessite de gros investissements financiers. Seule la volonté permet de faire face aux difficultés rencontrées, il faut persévérer, voir au-delà des sacrifices avec en ligne de mire la perspective d’obtenir des pièces d’exceptions. C’est un défi permanent, je fais de nombreux essais avant de parvenir au résultat escompté. Méthode et rigueur sont l’apanage de l’artisanat d’art qui ne tolère aucune approximation.

Le zinc est un matériau noble, il confère aux ouvrages légèreté, résistance, et esthétisme. Mais il est aussi capricieux, lors de ça mise en forme il plisse très facilement.

atelier 2

 

Selon vous, combien d’années sont nécessaires pour parfaitement maitriser ce matériau ?

On dit en général qu’il faut dix ans pour maîtriser un art manuel, mais qu’au bout de ce laps de temps, à force de faire travailler ses yeux, on ne voit plus net.  Pour préserver mes sens intacts j’ai décidé de travailler deux fois plus et d’écourter ainsi de moitié ce délais d‘apprentissage (!). Plus sérieusement, cela dépend de sa motivation, de sa volonté et comme le dit l’adage (sans tomber dans le cliché) : « La valeur n’attend pas le nombre des années ». Je compte continuer à peaufiner mon art au grès des rencontres, il me reste de nombreux domaines à explorer.

Comment se déroule la création d’un objet de sa commande à sa finalisation ?

Pour l’instant, je ne cherche pas spécialement à avoir de commandes, même si je reste ouvert aux demandes. En effet, je commence à peine mon activité, je cherche essentiellement à développer de nouveaux modèles pour étoffer mon catalogue d’objets décoratifs. Je vais bientôt proposer la réédition d’une tête de bœuf en zinc, enseigne traditionnelle de boucherie.

tête de boeuf zinc

Pour ce qui est des méthodes de fabrication, je peux vous tracer les grandes lignes des différentes étapes…

Dans la conception d’un ouvrage je pars soit d’un modèle existant, il s’agit alors d’une reproduction, soit d’un modelage, il s’agit alors d’une création. Je réalise un ou des moules d’estampage à partir de prises d’empreintes sur le modèle. S’en suit la mise en forme des pièces à l’aide de presses, et différents tas ou enclumes…

Pour finir reste la découpe des pièces, leur ajustage et leur assemblage par soudobrasure à l’étain.

Pour la tête de cheval, de quelles références vous êtes-vous inspirées ? Comment s’est déroulé sa réalisation et combien de temps cela vous a pris ? Quelles furent les majeures difficultés sur cet objet ?

La tête de cheval est inspirée des anciennes enseignes de boucherie chevaline. Je suis parti d’un modèle existant que j’ai modifié pour des questions techniques, liées à la fabrication de l’objet en zinc. La prise d’empreinte et la fabrication des moules d’estampage m’ont pris plus d’une centaine d’heures ; il faut compter environ une semaine (45 heures) pour la mise en forme des éléments et deux jours (18 heures) pour l’ajustage et le montage. La mise en forme est probablement l’étape la plus délicate, en effet il faut veiller à ce que le zinc ne plisse pas.

tête de cheval zinc

Je suis heureux de vous proposer ce premier ouvrage, il représente à mes yeux un aboutissement et paradoxalement le commencement. Le début d’une aventure que je souhaite partager avec le plus grand nombre.

Je remercie sincèrement Florence de la Société des Amis des Haras nationaux pour cette interview, la première de mon existence. Je ne vous dis pas au revoir mais je l’espère à bientôt, Romain alias Modzinc.

 

Nous remercions Modzinc pour le temps qu’il nous a consacré à partager sa passion.
Pour découvrir d’autres ouvrages, n’hésitez pas à aller voir sa boutique en ligne  https://www.alittlemarket.com/boutique/modzinc-2598815.html

2016-03-21

 

Poster un commentaire

Classé dans Divers, Rencontres